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26 février 2005
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" Nous avions tous des rameaux d’oliviers dans les mains que nous agitions devant les soldats en chantant. "

http://www.protection-palestine.org

Extrait d'un texte de Sofya

Hébron, le 1er janvier 2005


"Voilà, c’est fini...C’est le coeur gros que nous avons quitté Jayyous ce matin après une nuit blanche passée avec Fadi à discuter dans le noir en regardant les lumières des colonies briller de l’autre côté du mur, comme appartenant à un autre monde. Et c’est en effet le cas : alors qu’à Jayyous le générateur ne marche que jusqu’à minuit, en ce qui concerne les colons, ne vous inquiétez pas pour eux merci!! Ils ont de la lumière à volonté. Etrange impression que ces deux mondes si proches et si loin en même temps… On a l’impression de regarder la planète de la lune.
.........
Et juste après, départ pour Jayyous, petit village à côté de Qalqiliya. Depuis le matin, Fadi nous téléphonait environ toutes les vingt minutes pour savoir où on était. Il est comme un gosse : lorsqu’il veut quelque chose, c’est tout de suite. Nous avons mis quatre heures pour faire Hébron - Jayyous, en changeant à Qalandiya, Foundou et Azzoun.
A Abu Dis, le mur est là, cicatrice qui déchire le paysage et les vies. Tout le long du mur, des graffitis: Viva la lucha del pueblo palestino, Pueblo unido jamas sera vencido, free palestine, para nosotros nada, para nsotros la dignita insurrecta .....Le constat est que les Zappatistes sont bien présents ici, vu le nombre de slogans des indiens du Chiapas et les sigles de l’EZLN.
A notre arrivée à Jayyous, il faisait nuit et les soldats patrouillaient dans le village. Ils ont tiré des lacrymos, l’air était irrespirable : yeux qui piquent et gorge qui brûle. Pour savoir où sont les soldats il suffit de regarder d'où refluent les jeunes Palestiniens, cela veut dire qu’il y a une jeep et qu’il vaut mieux prendre une autre rue. Cela peut durer un bon moment comme ça.
Fadi et Mustapha étaient sur leur 31 avec leurs habits du dimanche, tout beaux tout propres. Nous avons passé la soirée à discuter autour du narguilé en écoutant Fadi délirer et raconter des blagues. Nous étions logés chez sa soeur, qui habite pas loin de chez Mustapha. Ce dernier s’est énervé car il y a eu un appel dans le village pour la manif du vendredi devant les portes qui empêchent les paysans d’accéder à leurs champs, et le nom de son parti a été cité alors qu’ils ne veulent pas s’associer à ces manifs. Philosophe, Fadi lui a dit " Smoke to forget "… avant de mettre en route un nouveau narguilé et de rajouter du hoummous dans les assiettes.
Après la prière du vendredi, les gens du village et les Internationaux se sont regroupés pour partir en direction des portes. De l’autre côté, une autre manif devait faire la jonction avec la nôtre. Il y avait beaucoup de jeunes et d’enfants, tous décidés à ce que la manif soit non violente et se passe bien. Il y avait beaucoup d’Israéliens de Tel-Aviv et Jaffa. Nous avons retrouvé Youri, un jeune israélien anti-colonialiste, que nous avions rencontré à l’anti-sommet du G8 à Annemasse en juin 2003, et d’autres potes de lutte. Ce fut vraiment une joie profonde de les revoir là et de partager cette lutte avec lui et les habitants de Jayyous. Nous voilà donc partis en direction des portes en bas du village qui donnent accès aux champs.
Dès qu’ils nous ont vus, les soldats ont commencé à fermer les portes et à se mettre en position de tir. De l’autre côté des barbelés, on voyait l’autre manifestation se faire cerner par les jeeps de la police, les soldats qui s’éparpillent de partout pour " récupérer " les manifestants.
Nous étions en première ligne pour servir de protection aux Palestiniens au cas où cela tourne mal. Les soldats se sont déployés autour de la manif jusqu’à nous dominer du haut des pierres. Nous avions tous des rameaux d’oliviers dans les mains que nous agitions devant les soldats en chantant. Les jeunes Israéliens parlaient en hébreux aux soldats, les interpellant brutalement. Puis nous nous sommes assis avec nos rameaux en chantant et en tapant dans nos mains. Les enfants tenaient bien haut des pancartes demandant l’arrêt de l’occupation ; ils se tenaient bien droit devant les soldats en les défiant du regard. Certains soldats prenaient même des photos souvenirs avec leurs portables. Impossible de parler avec eux… Je leur demandais pourquoi ils faisaient cela, et ils répondaient " parce que "… " Vous avez peur ? ", et ils haussaient les épaules en nous faisant le geste de reculer avec leurs armes. J’ai fait le tour des soldats en leur tendant à chacun une petite branche d’olivier et en leur disant " It’s for peace, we are non violent, not like you "… et seul un soldat a pris mon rameau. Les autres détournaient le regard d’un air gêné ou haussaient les épaules.
Après bien des discussions, les soldats ont laissé passer deux personnes de Ta’ayush avec un plant d’olivier qu’ils ont pris dans le champ d’un paysan de Jayyous qui a été exproprié de sa terre. Lorsqu’il a vu son plant, des larmes silencieuses se sont mises à couler sur ses joues. Sans un mot, il caressait son arbre. Ce fut un moment d’émotion intense. Même certains soldats ont baissé les yeux et ont regardé leurs chaussures…
Au bout de deux heures, nous sommes partis, jetant nos rameaux aux pieds des soldats. Comme dit Fadi : " A Jayyous, tu regardes d’un côté le ciel et de l’autre le mur ".
Le soir, il y avait une soirée pour les Internationaux, organisée par l’association de Jayyous, et nous avons passé notre nouvel An tous ensemble, avec les Palestiniens, à refaire le monde et à espérer l’avènement d’un autre monde. Beaucoup de tristesse, après, de devoir quitter Fadi et Mustapha, avec qui nous avons vécu, aussi bien à Ramallah qu’à Jayyous, de grands moments de rigolades, de joies, de bêtises, d’engueulades parfois, de larmes, mais toujours avec de l’amour et du respect.
Comment dire Fadi et Mustapha ?
Comment dire les larmes d’épuisement de Fadi face à cette vie qui est une lutte de tous les instants ?
Comment dire le récit de Mustapha concernant sa captivité ?…
Juste se souvenir des belles choses."

directjayyous
18/05/05